La gestion du risque : mode d’emploi

En finance, que l’on parle de bourse, de futures, d’investissement immobilier, il existe deux critères fondamentaux dont tout le reste découle. Ces deux critères sont les suivants :
- 1) Le retour sur investissement
- 2) Le risque de l’investissement

Dans un premier temps, nous allons expliquer rapidement les deux notions ci-dessus, et dans un second temps, nous allons voir quelles sont les interactions entre retour sur investissement (ROI pour les intimes) et risque de l’investissement

1. Le retour sur investissement, c’est quoi ?

Comme le dit l’adage populaire, « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ». L’adage n’est pas tout à fait vrai mais résume bien la psychologie humaine. Lorsque vous avez de l’argent, la tentation est de le dépenser immédiatement pour consommer et s’apporter un petit plaisir immédiat.

Pour autant, il est possible également de ne pas dépenser cet argent et de l’épargner ou de l’investir (par exemple à la bourse) dans le double espoir suivant :
- Gagner de l’argent avec cet argent (ne pas dépenser 1€ pour avoir 2€ à l’avenir)
- Générer un cash flow (flux monétaire) afin de devenir indépendant financièrement

Par exemple, de nombreuses personnes investissent de l’argent dans l’immobilier. Le but est donc double :
- Se créer un capital en utilisant l’effet levier afin de se prémunir des accidents de la vie et transmettre leur bien à leur progéniture
- Générer un cash flow qui complètera la maigre retraite

Deux moyens de gagner de l’argent avec votre investissement

On le voit donc, il existe deux moyens de gagner de l’argent avec vos investissements :
- Les plus-values (exemple : vous achetez une action 10€ et la revendez 15 5 ans plus tard, vous gagnez 5€).
- Les flux monétaires (l’action vous rapporte 50 centimes d’euros de dividende chaque année, vous gagnez 2,5€ durant les 5 ans où vous détenez l’action)

Dans cet exemple, la plus-value et les dividendes de l’action vous ont rapporté 7,5€ en 5 ans. Pour calculer votre retour sur investissement NET, il faudra déduire ensuite les taxes et impôts sur les plus values et transactions financières. Pour simplifier, admettons qu’il y ait en moyenne 20% de taxes sur les revenus financiers. Cela donne donc les flux financiers suivants

Enfin, il faut savoir que 1€ dans 5 ans vaudra moins qu’1€ aujourd’hui, à cause de l’inflation… Pour tenir compte de cela, il faut calculer le taux de rendement interne (TRI sous Excel) de votre investissement. Excel donne un TRI brut de 12,75% et un TRI net de 10,49%, ce qui signifie que votre retour sur investissement après impôt est de 10,49%, ce qui est excellent.

2) Le risque sur investissement

Pour introduire cette notion, prenons l’adage populaire « on ne peut avoir le beurre, l’argent de beurre et le sourire de la crémière ». Dans un investissement, plus un investissement est risqué, plus il rapporte en moyenne. Ce qui est logique.

Imaginons que vous soyez une banque. Vous avez deux familles qui veulent emprunter chacune 200 000€ pour acheter une maison :

- La famille A : Mr est cadre dans l’industrie, Madame est avocate, ils ont 8 000€ de revenus par mois et 50 000€ sur un compte épargne, et 0€ de dettes.

- La famille B : Mr est intérimaire, Madame travaille à temps partiel dans un magasin. Le couple dispose de 2 500€ de revenus (incluant les allocations familiales) et un découvert chronique de 2 000€, ainsi que quelques emprunts à la consommation.

A qui vous auriez envie de confier votre argent ?

A la famille A bien sûr, car votre but en faisant un prêt, c’est de revoir votre argent et de vous rémunérer avec les intérêts. Or, la famille A semble bien plus stable financièrement parlant que la famille B. Allons plus loin :

- La famille A a un excellent dossier et n’importe quelle banque censée leur accordera le prêt. Au final ils pourront faire jouer la concurrence et obtenir un taux très bas, disons 3% grand maximum.

- La famille B a un mauvais dossier. Pas grand monde lui prêtera, mais même si quelqu’un lui prêtera de l’argent (disons 100 000€) ce sera à un taux d’intérêt plus élevé, disons 5% par an car le risque de ne pas être remboursé est plus grand…


Bref, plus un investissement est sûr, plus son retour sur investissement sera bas. Pour cette raison, la France emprunte de l’argent a un taux plus bas que la Grèce, car le « dossier France » sans être excellent, est bien meilleur que celui de la Grèce

Cette notion implique quelque chose de très fort :

- Un investissement ne peut pas être très rentable et non risqué à la fois

Si c’était le cas (investissement qui rapporte et qui n’a aucun risque) tous les investisseurs se rueraient sur le produit. La loi de l’offre et de la demande ferait que le prix du produit augmentera jusqu’à ce que le retour sur investissement diminue…

3) La gestion du risque

On vient de le voir, le rendement d’un placement financier dépend du risque associé à l’investissement. Il n’y a aucune exception à cette loi fondamentale. Ceux et celles qui pensaient pouvoir avoir du rendement sans le risque avec Bernard Madoff en ont fait les frais…

Bref, rendement = risque.

L’investissement financier doit donc prendre en compte deux paramètres : le retour sur investissement et le risque. Certains investisseurs agiront en « bons pères de famille » et privilégiant des investissements à bas rendement mais sûr (Treasury Bill ; actions de société solide) d’autres (risk takers) préféreront des rendements plus élevés quitte à prendre plus de risques…

Une chose est sûre : peut importe votre goût du risque, ce qui fait la différence entre un bon et un mauvais investisseur est sa gestion du risque, à savoir comment optimiser le ROI tout en diminuant le risque.

Gérer les risques : comment ça marche ?

Diversifiez vos placements

« Il ne faut pas mettre tous les œufs dans le même panier » le dit l’adage populaire. Pour limiter le risque, il faut diversifier le risque. Par exemple, vous pouvez acheter un peu d’actions, un peu d’immobilier et de l’or, la valeur sûre et intemporelle par excellence dont la valeur ne cesse de monter, en raison de son attrait intemporel, de sa raréfaction et de la hausse de la demande au niveau mondial.

Efficient frontier

Revenons aux investissements, et à la bourse par exemple. On l’a vu, il existe deux moyens de gagner de l’argent : les plus values et les dividendes comme le montre le petit exemple ci-dessous

Gestion du risque

Les actions ont deux paramètres : le retour sur investissement annuel (r) et le ß (mesure de l’écart type, c'est-à-dire les variations du retour sur investissement de l’action, c'est-à-dire le risque). Pour diversifier votre porfolio d’investissement, il faut rechercher des actions ayant peu de relations entre elles. Si vous investissez sur PSA et Renault, que l’industrie automobile souffre et vous souffrirez à votre tour. Si vous investissez sur PSA et Danone par exemple, si l’un des secteurs souffre, vous avez toujours l’autre secteur qui lui se porte mieux.

Mieux, si vous investissez dans une usine de parapluie et une usine fabriquant des crèmes glacées, vos deux investissements pris ensemble sont moins risqués sur chaque investissement pris séparément

Gestion du risque

Comme vous pouvez le voir, la courbe orange (rentabilité globale) fluctue beaucoup moins avec les saisons que la rentabilité de chaque investissement pris séparément…

Il est donc possible, en achetant des investissements diversifiés (corrélés négativement) et ayant un taux de risque et de retour sur investissement différents (secteurs d’activité différent, pays différents, supports d’investissements différents) d’obtenir un rendement plus élevé et un risque plus faible qu’en investissant que sur un seul produit financier, c’est le concept de l’efficient frontier

Efficient Frontier

Malgré tout l’optimisation n’a qu’un temps et même en optimisant au maximum votre portfolio d’investissement, la courbe « best possible CAL » montre qu’il existe malgré tout un risque minimum pour tout investissement.

Gardez toujours une réserve de sécurité malgré tout

Pour vous prémunir du risque, n’investissez donc que l’argent dont vous n’avez pas besoin ; gardez quelques réserves de cash ou de liquidités facilement disponibles (pour pouvoir tenir en cas de coup dur et ne pas devoir tout vendre au mauvais moment) et pourquoi pas investissez un peu dans l’or (l’or physique, pas l’or papier qui peut perdre toute valeur en cas de grosse crise) afin de sécuriser un minimum vos billes.

Même si les arbres ne montent pas jusqu’au ciel comme le dit l’adage financier, l’or demeure une valeur sûre, avec un prix globalement ascendant au cours des dix dernières années comme vous pouvez le voir sur ce graphique du cours historique de l’or

Synthèse

On l’a vu au cours de cet article, investir, c’est avant tout savoir gérer le risque et choisir le meilleur compromis possible entre retour sur investissement et risque. Certains outils de gestion financière permettent de limiter le risque (diversification, efficient frontier) mais une part du risque demeure malgré tout (courbe CAL d’efficient frontier) ce qui fait qu’investir comporte toujours sa part de risque (perdre toutes vos billes), notamment en cas de crise systémique (crise financière mondiale, crise écologique) qui peut affecter toute activité financière humaine.

Pour limiter le risque, n’investissez donc que l’argent dont vous n’avez pas besoin (en cas de perte, vous ne vous retrouverez pas criblé de dette) et agissez en étant très prudent. Pour finir par un proverbe populaire, « prudence est mère de sûreté »…

Article écrit par Martin KURT, le 26 mars 2013