Psychologie des marchés financiers : l'art de manier le marché

Les marchés fluctuent en fonction de la valeur intrinsèque des sociétés (analyse fondamentale) mais aussi et surtout en fonction de la psychologie des marchés, qui selon son humeur influe sur l’offre et la demande et donc les cours. S’il est évident qu’un mouvement de panique (haussière ou baissière) des petits porteurs influe largement sur le cours d’une action, un petit porteur individuellement n’est rien. Même posséder par exemple 100 000€ en actions (une belle somme pour beaucoup d’entre nous) réparties dans 10 valeurs dont la capitalisation de chaque société est de 10 milliards d’euros chacune (c'est-à-dire une petite valeur du CAC 40) signifie que vous possédez… un millionième de chacune des sociétés. Que vous vendiez ou achetez, les échanges boursiers sont tels que cela n’aura aucune influence sur le cours de la valeur…

A l’ opposé, il existe des gros porteurs qui placent des millions, voire des dizaines ou centaines de millions d’euros et de dollars (par exemple pour des fonds de pensions de retraités américains) et qui doivent faire fructifier cet argent. S’ils décident d’acheter en masse ou de vendre en masse, cela aura une influence certaine sur la valeur, pour deux raisons :

- Acheter par exemple 100 million d’euros d’action d’une société côtée 10 milliards signifie désirer acheter 1% de la valeur, ce qui est très conséquent et fera varier fortement à la hausse l’action

- Les petits porteurs se diront : ce fonds de pension, s’il achète tant, sait ce qu’il fait et doit être au courant d’une bonne info (même si ce n’est pas le cas, poker menteur), et désireront toucheur leur pécule (effet cupidité du petit porteur) entraînant les cours à la hausse (voir aussi Psychologie du petit porteur)

Le gros porteur arrive donc à manier le marché… Plus d’explications

Vous (votre équipe, votre société d’investissement…) examinez le marché, étudiez les actions et épluchez les sociétés et avis d'analystes jusqu'au bout. Vous faites un tri permanent et détectez les hausses et baisses probables. Supposons que vous ayez détecté que la société "xxx" a 80% de chances de grimper dans l'année. Qu'allez-vous faire?

Gagner à 80% de chances est intéressant, mais vous pouvez vous planter (et perdre des bonus et vous faire virer). Vous pouvez diversifier vos ressources pour limiter vos risques, mais aussi (corollaire) vos gains et donc vos bonus. Non ce n’est pas intéressant. Le mieux c’est de tirer vers vous la couverture, enfin le titre du côté où il doit tomber. C'est à dire que vous mettez soudain un gros paquet sur la table. Vous demandez à une dizaine de courtiers à vos ordres de racler le marché pour ramasser le maximum de papier dans une fourchette donnée, quitte à être un peu généreux, jusqu’à ce qu’il n’y aie plus de papier à des cours raisonnables.

Après une journée calme où les cours restent globalement stables, le lendemain, les cours n’ont pas, contrairement à ce qu’on pense, monté avec la forte demande, mais baissé, car les mécontents du titre ont profité de la forte demande pour vous refourguer leurs valeurs. Vous continuez de ramasser les miettes malgré cette légère baisse jusqu’à assécher la valeur et créer une pénurie de papier. Une fois que les mécontents vous ont refourgués leur valeur, le marché n’a plus de papier, et les cours ne peuvent que monter, parfois de façon spectaculaire, de l’ordre de 5 à 15% en quelques jours… Les journaux financiers font l’éloge de cette société que vous aviez analysé bien avant, et les petits porteurs se positionnent dessus (effet cupidité), et une mouvement haussier – la hausse entretient la hausse – s’enclenche. Surtout, vous ne vendez pas tout d’un coup pour ne pas inonder le marché de papier et provoquer une baisse des prix. Vous commencez à vendre un peu de votre papier, mais moins que la demande – 5 à 10% de votre papier par exemple – pour pouvoir toucher vos premiers bénéfices tout en maintenant la hausse. Lors de l'arrondissement de sommet et le début de la consolidation, vous continuez à dégager 5 à 10% par jour.

Tôt ou tard, vos ventes massives bien qu’étalées dans le temps provoqueront un excès de papier sur le marché, mais vous pouvez compter sur la cavalerie – qui arrive toujours en retard – pour acheter l’excès de papier, attirés par la promesse d’un magot facile. Vous aurez tiré le meilleur lorsque vous aurez vendu le dernier paquet en perte par rapport au sommet, et pourrez tirer un fabuleux retour sur investissement, surtout si vous démultipliez vos gains avec l’effet levier

Conclusion

En maniant le marché, vous avez permis d’accélérer la réévaluation d’un titre sur-côté et de toucher une plus-value rapidement. Les expérimentés qui vous auront suivi de près toucheront leur part du magot, moindre il est vrai car auront un peu de retard sur vous. La cavalerie au mieux touchera une très légère plus-value, mais le plus souvent achèteront à un niveau tel qu’ils ne gagneront pas voire perdront de l’argent… Mais pendant ce temps là, vous serez à l’affut d’un nouveau coup…

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