Psychologie des marchés financiers : le petit porteur

Introduction

La bourse est quelque chose de très mouvant. Comment expliquer les fortes variations journalières, de plusieurs pourcent ? Comment expliquer que certains groupes sont survalorisés et d’autres sont sous-valorisés ? Comment expliquer la présence de bulles boursières ou de krach boursiers ? Si l’analyse fondamentale permet de donner les grandes tendances, les variations s’expliquent aussi largement avec la psychologie des marchés.

A savoir : les actions sont achetées et vendues par des humains à des humains et la demande est régie par la loi de l’offre et de la demande. La psychologie des porteurs influera sur leur demande à l’achat et à la vente, et donc sur les cours en bourse.

Le comportement du petit porteur régie par la trouille et la cupidité

Si il y a une bonne nouvelle (même une rumeur infondée), les investisseurs se positionneront davantage sur cette valeur et les porteurs vendront moins, attendant une plus-value. Moins de vente, plus d’acheteur = le prix monte, jusqu’à atteindre un nouvel équilibre. Deux semaines plus tard, une autre rumeur, maintenant négative, arrive : le cours baisse. Parfois de façon exagérée. Ainsi, en 1998, le PDG d’Alcatel a dit « Tout est au poil pour 1998! » puis s’est ensuite ravisé en disant « Euh, en fait, c'est à peu près au poil, on fera du bon, mais un peu moins que prévu ». L’action s’est effondrée de 40% le lendemain, alors que la valeur intrinsèque de la société – savoir faire, ressources humaines, produits, clients… - n’a pas évolué.

Des prédictions autoréalisatrices

Les rumeurs provoquent souvent des prédictions autoréalisatrices, qui peuvent se transformer rapidement en bulle boursière. Ainsi, lors d’une nouvelle médiocre, vous vous dites : la valeur va baisser, vendons vite pour éviter de trop perdre. Des milliers d’autres porteurs ont exactement la même analyse. Au final, beaucoup de monde vend le lendemain, la valeur s’effondre de par exemple 10% et donne raison à ceux qui disaient que la valeur baisserait. Certains porteurs se disaient la veille qu’ils attendront que le vent tournera, mais en voyant la hausse des ventes et la forte baisse, redoutent que cela se reproduise le lendemain. De nouveaux vendeurs provoqueront à nouveau une baisse des prix, et cela peut aller jusqu’au krach boursier.

La cupidité des petits porteurs

A un moment donné, certains vendeurs arrêteront de vouloir vendre se disant que la valeur est trop basse et qu’elle ne pourra que remonter. D’autres arrêteront de vendre pour ne pas concrétiser des moins-values. Enfin d’autres encore se diront que le prix des actions est tout de même trop bas par rapport à la valeur intrinsèque (potentiel, dividendes…) de la société. Ils achèteront. Bilan : plus d’achat, moins de vente : le prix de l’action montera. Le titre fera l’éloge des titres financiers, et la valeur attirera alors de nouveaux vendeurs, voulant eux aussi la part de plus-value. Le prix monte. Petit à petit, une nuée de petits porteurs sera attiré pour ne pas passer à côté du magot. Alors qu’au départ, les acheteurs achetaient car l’action était sous-cotée et comptaient sur une correction pour toucher leur mise, maintenant que tout le monde est à l’euphorie, de plus en plus de monde achète l’action en se moquant bien de ce que peut produire l’entreprise, mais en se disant : si elle monte, je toucherai un bénéfice. Un peu comme ceux qui achètent un logement ni pour eux, ni pour le locataire, mais dans l’espoir de le revendre plus cher.

Plus l’action monte, plus la demande est soutenue… Une fois le « prix intrinsèque » de l’action atteint, les gros porteurs vendront pour toucher leurs bénéfices. Les petits porteurs continueront d’acheter. Puis, la valeur montant, certains prendront peur que l’action baisse et souhaiteront toucher leurs bénéfices en vendant. Quand de plus en plus de gens veulent toucher leurs bénéfices et que de moins en moins de gens achètent, car l’action est trop onéreuse et que les gens anticipent une baisse, il y a un retournement de marché : plus de vente, moins d’achat : c’est le début d’une baisse… Mais cupide, la masse des petits investisseurs ne vendra pas forcément au début de la baisse, qu’il pensera comme étant une simple correction. L’action se stabilise… jusqu’à ce que la trouille reprenne le dessus et que la valeur s’effondre… Entre cupidité et terreur, le cours des entreprises fluctue ainsi plus de raison.

Conclusion

Pendant que le petit investisseur alterne entre euphorie et déprime, les gros investisseurs se frottent les mains : pour vendre au plus haut, il faut bien qu’il y ait des cons petits porteurs qui achètent dans l’euphorie en pensant que les arbres montent jusqu’au ciel. Les courtiers se frottent les mains puisque que les actions montent ou descendent, ils prélèvent leur dîme à chaque mouvement boursier… Donc soyez méfiant et prudent à la bourse. S’il faut bien retenir l’adage trend is your friend (la tendance est ton amie, sous entendu il ne sert à rien de nager à contre-courant), il ne faut pas pour autant être un mouton et penser que la bourse est un eldorado, mais agir de façon avisée et méthodique pour ne pas se laisser emporter par ses émotions, qui ne sont pas toujours bonnes conseillères.

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